Madame Charles-Catherine
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Madame Alliot Marie
Ministre de la Justice
13, place Vendôme
75042 Paris cedex 01
Objet : réinsertion de Cyril Khider
Saint Maurice le 11/ 10/ 2009
Madame la ministre,
Je m'appelle Claude Charles Catherine, je suis présidente de l'arrpi, association pour le respect de proches de personnes incarcérées, et mère de famille. A savoir, la maman de deux garçons prisonniers, dont l'un est sorti en liberté conditionnelle le 17 août dernier.
Je suis dans l'incompréhension la plus totale et dans une peur terrible du suicide et de la course en avant au regard de ce qui se passe pour mon enfant dans le cadre de sa réinsertion. Il n'y a nul chantage ou menace dans mes propos, juste la peur justifiée d'une maman.
Madame la ministre, je vous prie d'éclairer mon incompréhension car vous avez autour de vous des professionnels qui savent penser les situations et réfléchir aux solutions.
Après six longues années d'instruction mon fils, Cyril Khider, a été condamné, en mai 2007, à une peine de 10 ans d'emprisonnement par la Cour d'assise de Créteil, pour avoir tenté en 2001, d'une manière suicidaire, de délivrer son frère aîné des prisons de Fresnes. Cet acte d'amour fraternel lourdement condamné a été effectué dans sa quasi totalité : 8 ans sur 10 ans dans des conditions épouvantables. Cyril aurait pu sortir en fin de peine, juste avec le jeu des remises de peines coutumières, malheureusement; son affaire judiciaire et son histoire humaine ont été confondues et amalgamées d'une si terrible façon par l'administration pénitentiaire, que la Cour Européenne des Droits de l'Homme à condamné la France, mon pays, pour traitements inhumains et dégradants. ( arrêt de la CEDH du 9 juillet 2009 – n° - 3936405 ) .
Avant sa libération de la prison de Liancourt, où Cyril finissait de purger sa peine, son épouse et sa fille sont parties s'installer dans un petit village près de Toulouse où le père de Cyril et ses deux frères sont implantés depuis longtemps déjà. Sara, ma petite fille, y est actuellement scolarisée dans un établissement privé.
Il rencontre une psychologue tous les 15 jours, qui a fixé leur prochain rendez vous au 17 de ce mois d'octobre 2009. Par ailleurs, l'association du village où il réside a proposé une prise en charge financière pour une thérapie familiale de plusieurs séances, avec cette même psychologue, en vue d'une reconstruction de vie collégiale.
Aujourd'hui, après moins de deux mois de liberté sous contraintes, mon enfant a répondu à toutes les obligations inhérentes à sa libération conditionnelle: convocations chez le juge, justification d'un travail, échanges réguliers avec un psychologue, etc. Un malentendu s'est produit quant à sa position géographique, bien que comme l'exige la loi, il ait avisé le juge de son désir de quitter l'environnement parisien pour se donner toutes les chances de repartir ailleurs avec son épouse et d'y construire leur fille. C'est tout.
Madame la Ministre, les spécialistes qui vous entourent vous le diront bien mieux que moi: Il n'y a pas de réinsertion sociale sans fondations solides, sans liens affectifs structurants pour créer une réinsertion effective.
Mon fils s'est battu pour réussir à jeter les bases nouvelles de son futur et de l'avenir de sa famille en essayant de palier au traumatismes subis par sa fille, allant du mutisme à une anorexie grave, liés à l'incarcération de son père et en particulier aux conditions dans lesquelles celle ci s'est effectuée. Au moment où cette enfant commence à reprendre pied, nous sommes dans l'impuissance verbale pour lui expliquer ce qui arrive à son papa. A savoir : le risque avéré d'un retour en prison. Pourquoi ? Du simple fait que monsieur Quignault J.A.P n'a pas saisi l'importance du travail effectué par mon fils, sur lui même ainsi que le terrain social de sa vie.
Mon garçon a crée deux PME en Sarl ( n° - de siret - 51524346700013 – 51487015300012 ) dans le cadre de son projet de vie, ceci dans un laps de temps très court, afin de ne pas donner prise à la moindre petite parcelle d'oisiveté. Il a renoué les liens familiaux avec son père domicilié à Rabastens village où il demeure. Quitté son ancien quartier parisien du 20ème arrondissement. Entrepris une thérapie constructive avec l'aide d'un psychologue. Mis sur pied de beaux projets de vie.
Pourtant, hier 9 octobre, l'avocate m'a appelée pour me faire part de la décision du tribunal administratif qui a révoqué la libération conditionnelle de Cyril sans autre motif valable, sans motivation, outre ce problème administratif de déplacement géographique qui n'a rien de judiciaire puisque les obligations, inhérentes à la libération conditionnelle ont été respectées à la lettre. Nous avons évidemment fait appel de cette injuste décision.
Pourquoi cet acharnement contre mon enfant ?
Aussi, madame la ministre de la justice, je vous demande de répondre à ces questions qui nous plongent, vous le comprendrez aisément, dans la peur et l'incompréhension la plus totale au regard de ce dossier qu'il suffirait de transférer d'une région à une autre, soit de Paris à Toulouse où mon fils a reconstruit sa vie. Le fait de détruire, pour une raison administrative, son projet de vie donc, son existence, en le faisant retourner en prison est une violence terrible pour toute notre famille car elle est sans objet : il n'a rompu aucune des règles liées aux obligations de sa conditionnelle. Aucune.
A quoi bon réincarcérer un homme jusqu'au mois de juin prochain, alors qu'il n'a rien fait de répréhensible et qu'en l'état, avec un suivi, vous l'aidez à asseoir une réinsertion vouée à la réussite ? Le remettre en prison, serait créer du ressentiment et le perdre définitivement de vue après juin 2010.
Madame la Ministre, je ne puis obliger mon garçon à retourner vers l'enfer d'où il vient de sortir, dans lequel une poignée d'hommes qui, bien que non majoritaires au sein de l'administration pénitentiaire, l'attendent déjà. Eux, qui ont fait condamner notre pays par la Cour Européenne des Droits de l'Homme pour traitements inhumains et dégradants.
Je vous remercie, d'ores et déjà, pour l'attention que vous porterez à ce dossier dont la notion d'urgence ne saurait vous échapper, et vous prie, d'agréer, Madame la Ministre, l'expression de mes salutations distinguées.
Madame Charles – Catherine Claude
Pour copie à Messieurs, Mesdames :
Delphine Boesel avocate
Nicolas Sarkosy Président de la République
Alima Boumédienne Thiery sénatrice du parti des verts
Quignault juge d'application des peines en charge du dossier